Tanzanie, Kilimanjaro, on a marché sur la lune... (2001)

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Réveil matinal dans la poussière. En effet, je ne distingue plus la couleur de mon sac de couchage, nous avons trois millimètres de poudre sablonneuse sur le visage, dans la bouche et le nez. Après un bref dépoussiérage, nous nous mettons en route.

   

Les quelques séneçons qui avaient retenus notre attention la veille, paraissent désuets, comparés aux milliers qui envahissent l'endroit.

   

L'endroit est superbe mais excessivement humide. 

Après une pause salvatrice vers 4300 m, nous redescendons jusqu'au bivouac de Barronco ( 3950 m ).

 


 


 

L'étape qui s'offre à nous est assez longue. Nous nous levons au petit jour. La condensation a gelé sur le toit de la tente et un vent frais nous transperce le corps. Nous n'osons sortir de notre nid...
 

Après un petit passage rocheux, nous faisons une petite pause vers 4000 m. Les paysages qui nous attendent ne sont pas dignes de figurer sur terre: des kilomètres de "rien", des étendues arides à perte de vue, des bombes de lave qui jonchent le sol et pas le moindre signe de vie...

Seuls au monde, et 3000 m plus bas, la savane, un écosystème luxuriant partagé par les Hommes et les bêtes.

 

   

 

Nous arrivons fatigués au dernier camp vers 4700 m...

 

 

Gatien et moi allons assez bien, Gilles semble tenir le coup, les autres gisent dans leur tente, à grand renfort d'aspirine et de Diamox. 

Nous ne voyons pas ce que nous dominons, la mer de nuage est tenace, elle nous donne l'impression d'être seuls survivants... Le sommet est là, quelques centaines de mètres plus haut.

Nous nous couchons vers 17h30, dormons très peu.

 


 

 

Levé 23h30, départ 0h00... 

Vais je bien, vais je mal ? 

Je n'en sais rien, il fait nuit noire et mon unique pensée est de marcher, de mettre un pas devant l'autre, dans cet énorme pierrier qui doit nous mener à la consécration.
La température avoisine les -20°c, on n'entend pas un mot, juste le râle rauque si caractéristique de la marche à ces altitudes où nous ne sommes que de passage. 4900, 5000, 5200 m, les lampes frontales nous lâchent, on distingue les lumières scintillantes de Moshi près de 4000 m plus bas, encore un énième arrêt pour reprendre
son souffle... 

 

Cette fois, c'est plus embêtant, Claire est courbée, elle crache puis vomit...
Nous commençons à ne plus penser clair, le jour ne se lève que dans 2 heures, nous sommes terriblement seuls. 

Nous repartons. Parfois, dans de telles situations, tout va mal. 

Mais avec le lever du jour, les soucis et les préoccupations scabreuses s'effacent. Le premier rayon de soleil sur le visage nous redonne courage.

Nous arrivons très vite à Stella Point ( 5680 m ), nous savons désormais que nous irons tous au sommet, il ne reste qu' 1h30.

 

 

Désormais chacun son rythme, je pars avec Gilles, pressé d'en finir avec le volcan...
Nous avançons comme des fous, gardant en ligne de mire le sommet, encouragés par les quelques occidentaux qui redescendent du point culminant de l'Afrique. Je me retourne, Gilles n'est plus là, je continue, j'arrive au sommet à bout de souffle…
 

Finalement, le sommet me tend les bras 35 minutes après s'être arrêtés à Stella Point. 

Gilles arrive, Gatien 50m derrière et quelques minutes plus tard, nous sommes tous au sommet; grand moment à 5895 m !

 

    

 

Le froid cinglant ( -25 °c ) nous oblige abréger notre séjour à cet endroit si convoité, nous redescendons avec Gatien et Essoa.

Nous savons que chaque mètre de perdu est autant d’oxygène disponible gagné, nous descendons au pas de course .

 

 

Deux heures après nous sommes à 4700 m, nous mangeons un peu, nous nous reposons et repartons pour le dernier camp à 3150 m...

4700 m puis 5895 m pour se poser enfin à 3150 m, la journée fut harassante: 15 heures de marche !  De l'air et de l'herbe: une nuit de plomb ! 

 


Après avoir traversé la jungle, nous passons la porte " Mweka Gate »

   

 

Quatre heures plus tard, nous sommes à l'hôtel, soulagés mais frustrés de devoir rentrer sur Paris dès le lendemain... 

Nous allons dîner ensemble dans un restaurant d’Arusha.  Une longue table, des clients qui commandent, mangent et boivent et au final, une addition que nous paierons pour toute la table.  Les autres clients ayant préféré partir avant… 

 


 


 

Départ d'Arusha pour Nairobi, nous dormons, Gatien et moi dans le bus (quel exploit ) et après 7 heures d'attente à Nairobi, nous montons dans l'avion qui, d'escales en escales nous ramène quelques dizaines d'heures plus tard à Roissy, éreintés et déboussolés par les 42°c à Jeddah en Arabie Saoudite. 


 


 


 

Arrivée à Roissy, 9 jours après être partis; vraiment trop court ! Nous avons gravi le toit de l'Afrique, avec le regret de ne pas avoir passé plus de temps sur place...

Je porte mes photos à développer, le photographe me raye trois pellicules...

 

 

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Photos et textes © Pierre Letienne