Maroc, entre neige et sable... (2003)

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Mohammed a réservé un taxi, nous devons rejoindre Agouti, dans le haut Atlas Central (environ 7 heures de route négociées 2000 dh, environ 200€ AR).
Nous faisons quelques achats en traversant Marrakech, puis poursuivons vers le nord. La route est interminable, jusqu'à Azilal, puis beaucoup plus impressionnante à l'approche des montagnes enneigées du Haut Atlas Central ( massif du M'Goun ). Les amandiers en fleur nous y accompagnent.

Nous arrivons à Agouti sans avoir prévu d'hébergement.

Un homme arrive.
"Peut-on dormir quelque part ici ?"
"Attendez"
Il s'en va, revient, nous fait signe de le suivre, frappe à une porte.
"Vous dormirez chez eux le temps que vous voulez"

   


Nous partons à 5h30 avec le muletier. Après 3h30 de marche, nous parvenons à un col à 2800 m, le muletier nous laisse là. Il nous indique hasardeusement l'éventuel itinéraire possible, notre carte semble tout aussi imprécise.

Plusieurs solutions s'offrent à nous, nous optons pour la moins pire...
Nous remontons la combe puis un long couloir jusque 3400 m en espérant trouver et pouvoir gagner le plateau de Tarkeditt...

   

Après 3h30 de montée, chargés de 25 kg, dans une neige parfois profonde d'un mètre, nous découvrons du haut du col, le plateau de Tarkeditt.

   

Une heure plus tard, nous sommes au refuge de Tarkeditt à 2950 m.
"Est ce le bon ?" Il ne peut y en avoir qu'un mais la carte nous annonce un emplacement rigoureusement différent.... La carte est fausse.

Nous sommes absolument seuls sur cet immense plateau désertique. Pas d'oiseaux, pas de vent, pas de bruit. Immensité, silence , solitude. Ce silence extrême, le vrai silence, celui qu'on ne rencontre que rarement, jamais, celui qui devient oppressant...

   

Nous effectuons une petite descente très agréable dans une neige transformée en attendant le coucher de soleil, qui dans cet environnement magique, revêt un aspect solennel et féerique. Nous effectuerons le lendemain une exploration du plateau pour tenter de découvrir, le vrai-faux refuge, et repérer la voie d'accès du M’goun.


7h00, nous avons démonté le camp, nous partons en exploration. 3300 m, nous faisons demi tour, rien à l'horizon, la carte est complètement fausse. Nous plantons la tente à l'endroit où le matin même, nous l'avions démontée.
L'après midi sera consacrée au repos et à l'hydratation de nos pauvres corps.
19h00, prêts à dormir.

" Nous avons passé 2 jours sans voir personne"

" Une voix, j'ai entendu une voix ! "

Nous tendons l'oreille, et je sors la tête de la tente.

Dans l'immensité de ce plateau, je parviens à distinguer une frontale aux piles usées qui évolue lentement vers notre camp. Il s'agit d'un guide marocain, accompagné de son client français... Nous leur prêtons briquet, réchauds et gamelles ( ?! ). Le guide nous confirme que nous sommes au bon endroit et nous indique l'accès pour le M'Goun.  Il nous précise qu'il ne reste que peu de neige sur l'itinéraire.
Je suis partant, Gatien non...


 


Nous partons finalement vers la grande combe évasée qui fait face à notre tente. Elle semble gavée de neige. Il s'agit du Col de Tizi n'Oumasine ( 3640 m ). Nous alternons roche et neige pendant 150m puis chaussons définitivement peu avant d'atteindre l'entrée de la combe, 2h30 plus tard, nous sommes au col. La vue est magnifique, elle s'étend sur tout le Haut Atlas Central, sur les plaines de l'ouest, et nous distinguons le Djebel Sahro dominant le lac de Ouarzazate. Un thé plus tard, nous nous élançons pour près de 700 m de descente, dans une neige souvent agréable, avec une vue imprenable sur tout le plateau de Tarkeditt.

Nous finissons dans un goulet chargé de neige, qui nous conduit à 500 m de la tente.

   

Descente mémorable !

Nous démontons la tente dès ce soir pour gagner du temps le lendemain matin (retour là où le muletier nous avait déposés 4 jours auparavant).

Nous dormirons dans le refuge abandonné, malgré la poussière, la saleté et les quelques rats aperçus ci et là... Nous nous aménageons un petit coin où nous avons dormi comme des bébés, dérangés ni par le froid, ni par le vent, ni par les rats.


Nous partons dès 6h15, le baromètre a chuté toute la nuit, nous devons quitter le plateau (risque de rester bloqué si le temps se gâte). Le temps est clair, mais déjà, à l'est, des nuages viennent narguer les plus hauts sommets. 1h45 pour atteindre le col., 45 minutes de descente lourdement chargés, dans un couloir pentu et glacé.

 

Nous sommes au rendez-vous avec 1h15 d'avance.

Nous chargeons les skis et partons à la rencontre de notre muletier.
Nous le retrouvons, à 12h15, nous atteignons Agouti. Des nuages noirs envahissent peu à peu la vallée...


 

Après nous avoir préparé une énorme tagine, notre famille d'accueil nous laisse les clés de la maison, c'est vendredi, ils partent déjeuner dans la famille.

Le baromètre chute...

Notre famille rentre vers 16h00, et nous parlons argent avec le chef de famille.
"combien veux tu?"

"tu donnes ce que ti veux"

Finalement après plusieurs minutes, nous les payons gracieusement, étonnés par l'hospitalité et la chaleur de ces gens.  Dans l'après midi, la fête du mouton semble faire des ravages... Dans le salon où nous nous sommes installés, c'est un véritable défilé de la famille: mal de ventre, de tête, de dos... Nous leur donnons prudemment quelques aspirines.

Le soir, nous dînons dans la salle à manger, avec la famille, avec chaleur et...avec les doigts.

A l'extérieur, la neige tient à 1800 m, nous l'avons échappé belle !

Nous avons rendez-vous avec le taxi, demain à 5h00, je doute qu'il puisse venir jusqu'ici...
Inch'allah.

 


Réveil 5h30, nous attendons le taxi.

Il a neigé toute la nuit, nous faisons le tour d'Agouti, recouvert de neige.

   

Dans quel sens se lit cette photo ?

    

Finalement, vers 9h00, Mohammed nous emmène en 4x4 à Azilal, avec quelques villageois.
Vers 10h00, sur la route enneigée, nous croisons un taxi sur le bas coté. Mohammed, notre chauffeur ne veut pas s'arrêter, il est pressé. Arrivé à Azilal, le taxi nous rejoint, il s'agit de Baziz, notre chauffeur de taxi. Il est furieux. Après avoir calmé les esprits (tâche peu facile), nous décidons de retourner avec Baziz à Marrakech.
Le pauvre Baziz n'a pas mangé ni dormi de la nuit, Merci Baziz.
Nous atteignons Marrakech, vers 14h00, nous avons rendez-vous avec Mohammed, rencontré à Imlil, il n'est pas là, nous optons pour un hôtel que nous conseille Baziz.

Nous louons de suite une voiture pour le lendemain.

 

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Photos et textes © Pierre Letienne