Mali - Burkina Faso, le grand livre de l'Afrique...

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Rendez-vous matinal avec Endé, notre guide pour le Pays Dogon. Endé est un petit bonhomme, Dogon, qui a grandi dans un village nommé "Endé". C'est du nom de ce village que lui vient ce surnom. 1h30 de piste puis nous arrivons sur le plateau. C'est la que le véhicule nous laisse et que nous commençons à marcher.

Nous nous engageons sur un petit sentier, traversant la brousse, passant au milieu des balanzans, des indigos, des raisins sauvages et des arbres de carité. A chaque fois qu'il est possible de goûter, Endé se déporte du sentier et nous ramène des fruits. Nous arrivons après une heure de marche au sommet de la falaise. Cette falaise fait près de 200 kilomètres de long et les villages Dogon y sont éparpillés en contrebas (la plaine), sur la falaise elle même et sur le plateau.

Nous descendons dans une petite vallée par un chemin escarpé, croisant des femmes et des enfants portant d'improbables fardeaux. Cette petite vallée enclavée est fertile en cette saison et les villageois, dans les champs, s'affairent durement à la tache.

Nous arrivons à Benigmato, village dans lequel nous passerons la nuit, sans électricité, ni eau courante, ni même autre chose que de la terre et du bois. Petite pause et nous partons à la découverte des environs, grimpant de rochers en rochers, goutant toujours de savoureux fruits. Après une heure de marche, nous arrivons à Indélou où nous retrouvons les quatre français qui nous avaient accompagnés lors de notre périple entre Ségou et Mopti. Nous déjeunons avec eux puis repartons tous les trois à la découverte d'Indélou.

Indélou est un petit village accroché à la falaise. Comme tous les villages du Pays Dogon, il est composé de greniers à toit conique et de petits logements en banco.

    

Nous traversons le village presque désert. En effet, hommes, femmes et enfants vigoureux mettent touts la main à la pâte, ils sont répartis dans les différents champs qui entourent le village. Nous déambulons entre ces baraquements de fortune, dans un village coupé du monde et qui semble ne pas avoir changé depuis des centaines d'années. Endé se met à nous parler des us et des coutumes, de l'organisation sociale et culturelle. Il nous montre cet atelier de forgeron où l'on travaille comme au Moyen Age, il nous explique que les forgeons sont les maitres du feu et sont du fait extrêmement respectés. Il nous montre également cette case ronde, sans fenêtre, il nous explique qu'il s'agit de la case des femmes menstruées. En effet, les femmes ayant leurs règles sont considérées comme impures et durant cette période, elles sont enfermées sous ce toit.

Nous sommes éberlués et stupéfaits. Il nous montre ensuite le Tuguna, cet petit préau fait de bois et de branchage où se reposent quelques sages (les anciens). Nous leurs offrons des noix de cola pour manifester notre respect. Endé nous explique encore que c'est sous ce préau que se règlent les problèmes du village, sous la médiation des sages. Le toit est volontairement très bas, on ne tient qu'assis mais cela permet aux gens de ne pas s'énerver ou se battre.

Nous avons l'impression de plonger dans l'histoire et dans l'imaginaire, cet imaginaire que nous avons en partie en Europe concernant la vie ici ou là. Mais nous sommes bien dans le réel, cette organisation est contemporaine et c'est de cette façon dont vivent les gens ici. Plus tard il nous expliquera également que lorsque un vol est commis, l'un des sages du village fait une annonce du Tuguna et les villageois s'adonnent à des sacrifices. Quelques jours plus tard, le fautif est retrouvé mort. Ou bien cet énorme rocher dominant le village. Les sages connaissent une porte qui permet d'y faire entrer tout le village en cas de danger, mais cette porte, il faut avoir 60 ans pour en connaitre l'accès. Endé nous explique qu'il l'a cherchée, mais en vain... Toutes ces informations que nous livrent Endé font partie intégrante de la culture Dogon. Il ne nous dit pas "les Dogons croient que...", c'est comme ça et cela fait partie intégrante de leur quotidien. Cette culture nous passionne, d'autant plus qu'il' semble méconnue voire inconnue en Europe. Les clichés qui subsistent sur l'Afrique (cases, rites...) sont dans de nombreux cas, vrais. C'est ce qui nous stupéfait le plus...

Du village la vue est sans limite, la savane, les baobabs et les quelques cases peuls (le peuls sont des nomades) faites de branchages.

Retour à Benigmato.

Je pars me promener sur un promontoire rocher, qui domine la falaise. Je rencontre des Hommes et des Femmes qui me saluent avec le sourire, des enfants qui me prennent la main, et partout comme dans tous les village, en fin d'après midi, le bruit régulier des femmes qui pilent le mil. Je parviens à me hisser en haut d'un rocher haut de 300 mètres et la savane s'offre à moi sur des centaines de kilomètres.

   

   

Au loin, on distingue quelques petits villages, à mes pieds, quelques centaines de mètres plus bas des gamins conduisent un troupeau de chèvres entre des centaines de baobabs. Je pense être à cet instant, sur l'un des plus beaux endroits de la planète. Nuit étouffante dans une case sans ouverture.


Départ matinal, nous redescendons le canyon pour rejoindre cette plaine si vaste. Il commence à faire chaud, très chaud...

Nous suivons la longue piste qui longe la falaise, traversons les villages et les sourires des gamins, distribuons des noix de cola aux sages...

  

   

Nous faisons une petite pause salvatrice dans une maison. Le chef du village y expose son artisanat. Nous "craquons" pour une porte, mais la raison nous freine pour l'acheter, elle fait à peu près 50 kg et les difficultés pour l'acheminer seraient conséquentes. Nous achetons tout de même un tabouret Dogon. Endé nous explique la signification des différentes sculptures.

       

Nous arrivons, après 10 kilomètres de sentier, à Endé, le village de notre guide. Nous logeons chez son cousin. Petite partie de Mikado avec Ismail, Kiné et Adjouma.

Et comme toujours notre quotidien est marqué par les rires, la musiques, malgré les taches difficiles. Et comme chaque soir, dans les villages, les femmes se rassemblent autour du puits, puis vont piler le mil.

   

On nous sert à manger... Non l'estomac de mouton, je pense que je vais faire l'impasse... Par contre nous goutons le gâteau de mil... Absolument aucun goût mais Endé et les maliens ne jurent que par ce plat, le préférant largement aux pâtes ou au riz. Les goûts sont décidemment culturels...

Nous tentons une nuit sur le toit ce soir...

L'orage menace, puis éclate. Endé nous rappelle que selon les croyances Dogon, les éclairs sont les coups de bâton du berger qui tente de rassembler son troupeau. Une fois que le troupeau sera réuni, l'orage s'arrêtera. De ce fait nous n'avons rien à craindre. Plus rationnel, je préfère me dire que nous ne sommes pas exposés, car la falaise nous domine de quelques 300 mètres. Cependant, à une heure du matin, le berger ne semble pas parvenir à rassembler le bétail, il pleut des cordes. Nous retournons dans une case et nous rendormons...


Toute la nuit, des bruits curieux nous ont accompagné. Des ânes, des chèvres et d'autres sons inconnus. Réveil à 6h45, en compagnie d'une dizaine de crapauds !

Les cours d'eau ont débordé, la pluie a été violente, nous devons retarder notre départ. Vers 9h00 nous partons. Parfois, le sentier n'est pas praticable et nous devons nous déchausser et traverser les cours d'eau (parfois jusqu'aux cuisses). Un cours d'eau transformé en rapide nous pose quelques problèmes. Nous faisons passer les sacs et nous formons avec quelques villageois, une chaine humaine pour ne pas se faire emporter par le courant.

   

   

Finalement nous rejoignons une piste plus importante et un minibus nous prend pour nous mener à Bankass. Le chauffeur nous demande une somme très exagérée. Après une embourbage soudain, nous décidons de descendre au village de Kani, pour trouver une solution moins onéreuse.

Endé nous trouve deux motos et nous parcourons les 12 kilomètres restants par ce moyen rapide mais aléatoire quand il s'agit de traverser les cours d'eau.

Arrivés à Bankass, nous quittons Endé et cherchons un transport pour Koro. 2 heures plus tard, un minibus est en partance. Nous ferons une heure de piste serrés comme des sardines. Arrivés à Koro, bourgade délabrée (toujours sans électricité), nous trouvons la seule auberge potable (et défraichie) pour y passer la nuit après une journée marathon longue et usante.

 

 

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Photos et textes © Pierre Letienne