Islande, l'île aux mille extrêmes... (2004)

 

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Lever à 4H45.

Nous prenons le 4x4 qui nous mène au pied de la voie à 30 mètres d’altitude (!) à 6h30. Programme de la journée : le point culminant de l’Islande : le Hvannadalshnukur qui pointe à 2119 m d’altitude soit quasiment 2100 mètres de dénivelé positive et autant à la descente !. Nous partons sous la pluie…

Vers 150 mètres, la pluie s’arrête, il commence à neiger…

Vers 600 mètres, alors que la neige a recouvert tout notre itinéraire, le soleil apparaît, timidement puis franchement. Il éclaire la crête sur laquelle nous venons de prendre pied, l’océan et notre moral.

A 700 mètres, nous chaussons les skis et nous engageons dans une petite combe de neige fraîchement déposée et délicieusement poudreuse.

   

Les perspectives sur l’océan sont magnifiques !

Nous franchissons un col à 1000 mètres d’altitude puis entamons la montée d’une grande pente, une ligne droite, terriblement droite…


 

Les sensations sont bonnes, la vue est magnifique, l’isolement total. Arrivés vers 1600 mètres, le temps se couvre, en l’espace de 15 minutes la visibilité est nulle.

Nous parvenons vers 1800 mètres à cet énorme plateau glaciaire, plateau que nous ne verrons pas. La traversée est longue et le GPS est bien utile.

Une bonne heure plus tard, nous arrivons comme dans un rêve, face au sommet tant convoité, il se découvre à mesure que nous nous en approchons.


 

Jökull est septique quant aux conditions avalancheuses, nous ferons demi-tour si besoin est. Nous chaussons les crampons et, en moins d’une heure, par un froid cinglant, nous sommes au sommet, 9h10 après avoir quitté la mer. Il est 15h40.

La visibilité  est nulle puis petit à petit, les milliers de km² de glace qui nous entourent se dévoilent, nous sommes au sommet de l’Islande à 2119 m.

Nous redescendons de cet îlot ; rechaussons les skis et la tempête se lève ( se rerelève !). Je ne vois pas à 10 mètres et les flocons de neige semblent nous lapider, nous mitrailler à mesure que nous avançons. Nous devons traverser une nouvelle fois cet immense plateau de plusieurs kilomètres, nos traces de montée sont effacées et les précipices et crevasses qui le bordent sont invisibles…

Jökull s’arrête à maintes reprises, les yeux rivés sur le GPS, nous l ‘aidons par nos indications à maintenir le cap.

Après une heure de déambulations, nous remarquons des traces dans la neige. Ce sont les traces que nous avons laissé quelques heures plus tôt lors d’une pause à la montée. Le vent forcit, la neige redouble, nous entamons la descente. A mesure que nous nous éloignons du plateau, les conditions climatiques deviennent plus clémentes, moins violentes en tous cas. Nous nous décordons, enlevons les peaux et quelques minutes de glisse plus tard, la mer ! l’océan scintille au milieu des rafales, la voûte céleste s’embrase, les nuages défilent… 1000 mètres de descente dans une poudreuse magique, l’instant est extraterrestre, de quoi nous laisser des souvenirs impérissables.

Nous déchaussons vers 700 mètres, je pars devant avec Hélène et finissons à pied entre mousses et ruisseaux. Marc a de grosses douleurs aux genoux, je lui porte un ski et son piolet.

 20h30, 14 heures après avoir quitté l’océan, nous sommes au 4x4, fatigués, lessivés mais excités d’être revenus du sommet de l’Islande, dans un décors tellement majestueux qu’il y paraît irréel.

Nous regagnons le Lodge, sous le charme des images et des instants vécus entre neige et glace, entre montagne et océan, entre le ciel et la terre.

La tempête que nous avons essuyé sur le plateau gagne peu à peu la vallée.


Toute la nuit le vent a soufflé, les rafales atteignent 180 km/h, les murs tremblent, mont lit bouge, la route n°1 ferme.

A 9h00, il n’est plus question de quitter le lodge.

Nous partons avec Marc et Clarissa en haut de la butte qui domine le Lodge, le vent souffle à 200 km/h en rafale, je ne peux pas tenir debout plus de cinq secondes, ils s’engouffre, nous déshabille…

Je suis un oiseau, je m’élance de la butte et le vent m’empêche de subir les lois de la gravité, je vole ! l’instant est surréaliste !

Jökull a préparé la remorque, nous allons tenter de passer le désert de sable.

Nous distinguons l’énorme nuage de sable, nous nous en approchons, nous sommes dedans, nous ne voyons plus la route, les rafales qui dépassent les 200 km/h charrient le sable, le 4x4 penche, la remorque vacille… les conditions sont apocalyptiques !

50, 100, 200, 300 mètres, la remorque se couche, le 4x4 s’immobilise, le sable mitraille les vitres…

   
 

Jökull se gare sur le bas coté, pendant quinze minutes, nous restons immobilisés. Marc et Jökull détachent la remorque, nous la laissons dans la tempête.

Retour à la case départ sans nourriture, sans bagages et sans skis. Le 4x4 est criblé, nous apprenons qu’une voiture a tenté la traversée et que toutes ses vitres ont volé en éclat.

Après quelques heures d’attentes, nous apprenons qu’un poids lourd doit passer pour rejoindre Reykjavik. Nous allons tenter de retourner à la remorque pour libérer les sacs et les mettre dans le camion. La tempête ne s’est finalement pas calmée, Jökull veut effectuer une nouvelle tentative.

Rien n’a changé sur place, Jökull gare le 4x4 à 100mètres de la remorque, là où le vent paraît moins fort. Marc et Jökull courent ouvrir la remorque, nous les rejoignons, luttant contre le vent et les éléments.

Nous tenons à peine debout mais nos aller-retour incessants nous permettent de ramener les bagages à l’abri derrière le 4x4. Hélène se couche sur les sacs pour éviter qu’ils ne s’envolent. Le sable nous fouette le visage, le vent nous couche, le camion arrive, il faut faire vite… Je monte à l’arrière, il s’agit d’un camion de poisson, l’odeur le confirme. J’entasse tant bien que mal les bagages et les skis au milieu des bacs, mes pellicules sont saines et sauves c’est le plus important…

Nous remontons dans le 4x4 et prenons la route pour Hella.

Nous essuyons une dernière tempête mais celle ci n’a pas de fâcheuses conséquences.

2h30 plus tard, nous sommes à Hella, le camion arrive 30 minutes après nous, je récupère les bagages avec Jökull.

Nous observons pendant près d’une heure des aurores boréales, ces spectres verts qui ondulent au gré des vents solaires, l’instant est magique, hors du temps et de l’espace.Nous dînons, puis vers 1h45 je me couche après cette journée intense et condensée…


Lever à 8h00, le temps est magnifique.

Nous partons pour le sommet de l’Hekla, un volcan actif de 1491 m, qui domine le village de Hella.

Après une heure de piste chaotique, Jökull gare le 4x4 à la limite de la neige vers 500 m d’altitude, le temps se couvre doucement.

Nous commençons l’ascension dans une énorme coulée de lave, nous peinons à trouver de la neige. Nous rejoignons un grand plateau vers 900 mètres, il se met à neiger.


 

Arrivés vers 1300 m, la neige s’intensifie, la visibilité se réduit.

Nous arrivons à ce que Jökull pense être le sommet. La visibilité est nulle, Jökull s’y prendra à trois fois pour trouver le véritable sommet. Nous y arrivons, sommet de l’Hekla, 1491 mètres d’altitude.

Alors que la température avoisine les –10°c et que la neige tombe à gros flocons, nous apercevons au bord du cratère une bande de pierre volcanique apparente.

Je creuse 20 centimètres, de la fumée se dégage, la température y est d’environ 40 °c ! Je m’assieds quelques instants de ce fauteuil chauffant.

   

Nous ne voyons pas à 10 mètres, Jökull, après plusieurs tâtonnements, retrouve les skis laissé à la montée, la descente se fait dans la tempête sur de la neige hétérogène et parfois de longues portions de glace.

Nous regagnons le 4x4, la piste est désormais recouverte de neige.

Nous arrivons vers 20h00, puis filons Joël, Marc, Bruno et moi, à la piscine d’eau chaude naturelle ( en plein air ), où les 40 °c du bassin nous font oublier les 0°c de l’air.

Nous dînons accompagnés de la copine de Jökull, le gigot de mouton restera mémorable !

 

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Photos et textes © Pierre Letienne