Iran, à cœur ouvert... (2004)

 

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Pas de réveil, réveil tardif donc…

Je vais me promener dans le bazar de Saadi. Les ruelles sont étroites et grouillantes de vie, personne ne fait attention à moi, j’ai l’impression de me fondre dans la masse, le flux.

Nous partons en début d’après-midi pour l’aéroport national, direction Ispahan.  Après quarante minutes de vol ( il faut plus de dix heures en bus ! ), nous atterrissons à Esfahan (Ispahan ) , oasis au milieu du désert, ville verte, calme et sérénité, oasis où il semble bon vivre.

Un taxi nous dépose à Julfa Hôtel, hôtel confortable et accueillant, au centre du quartier Arménien.

 


 

 

Grosse journée en perspective : lever à 7h30.

Nous attaquons avec la mosquée Jameh.

Le taxi nous dépose devant l’entrée principale. Nous entrons par une artère voûtée qui nous mène après quelques dédales sous l’imposant dôme, ouvert sur une somptueuse arche, ornée de mosaïques. L’endroit est désert, l’endroit est sublime, un sublime qui nous est égoïstement réservé.

 

  

 

   

 

Le gardien nous ouvre un très petite porte, donnant sur une très petite salle sombre ; une salle de prière : quel privilège !

 

Nous rencontrons un iranien marié à une suisse, il nous interpelle, il ne se gène pas pour critiquer haut et fort le régime et l’oppression qu’il subit au quotidien.

 

 

Nous prenons un taxi pour la place Emam Khomeney.

Nous sommes stupéfaits. Stupéfaits par cette immense place de cent soixante mètres par cinq cent, ornée d’une infinité d’arcades, de fontaines, et sur laquelle trônent deux immenses mosquées un somptueux palais.


   

Nous faisons, ébahis, le tour de cette place sous une chaleur écrasante, non sans se faire accoster par quelques curieux. «  what do you think about freedom in Iran ?»…

Nous retournons à l’hôtel pour une pause fraîcheur, puis nous revenons sur cette place qui nous semble déjà familière.

Il est 13h00, nous sommes vendredi, c’est l’heure de la prière ! Des milliers de musulmans écoutent un mollah virulent dont la voix se propage avec violence aux quatre coins de cette immensité.

Un iranien nous explique que ces propos attaquent directement «  l’ennemi américain » qui bombarde sans relâche Najaf situé à quelques cinq cent kilomètres plus à l’ouest.

Les hommes se relèvent, un pick-up arrive, un meneur équipé d’un mégaphone concentre, rameute ; c’est alors une procession qui devient manifestation contre la guerre Georges Bush et les Etats Unis. Les portraits de Khomeney s’élèvent, ainsi que les voix et les milliers de poings vengeurs.



 

Nous sommes là. Au milieu de cette cohésion, deux français. Nous observons, nous nous rapprochons, je sors l’appareil photo, nous prenons peu à peu conscience de ce qui se passe sous nos yeux. L’instant est fort.

Une personne se détache, s’arrête, nous dévisage, nous interpelle. Nous le devançons : « Faransavi, Faransavi ! » ( « français, français » ).  Puis deux, trois, dix , vingt et bientôt cinquante personnes. Nous sommes le centre, on nous pose des questions, on s’assure que nous ne sommes pas américains ou journalistes, on veut se rassurer sur notre opinion sur Georges Bush. On nous sourit, on veut discuter avec les français. Le stress, l’excitation, l’intensité de la situation … Le cercle grossit autour de nous, nous quittons les lieux en traversant une pelouse de peur de susciter trop d’agitation. Nous nous asseyons à l’autre extrémité de la place, regardant cette marée humaine progresser. Nous sommes, ahuris, déboussolés, sonnés par ce que nous venons de vivre. L’instant était fort, il est désormais surpuissant ! Nous en réalisons l‘intensité, nous mettrons deux heures à nous en remettre.

Nous visitons la mosquée Cheik Lofotolah. Intime et raffinée, l’endroit est propice à la méditation.

 

 

   

 

Nous allons boire le thé chez un marchand de tapis, puis retournons à l’hôtel, le temps d’un milk-shake.

Retour sur la place et nous visitons la mosquée de l’Imam, plus grande mosquée d’Iran et centre de ralliement quelques heures plus tôt, lors de la prière.

 

Nous déambulons sous ces voûtes, ces arches, ces murs, sur lesquels les mosaïques rendent le lieu infiniment harmonieux. Nous sommes écrasés tant par la beauté que par la taille de ses dômes et minarets. Les mots sont inexistants pour décrire pareille splendeur, pareille harmonie, pareille puissance…


   

 


 

Nous finissons cette journée en nous promenant le long de la rivière, à la découverte des ponts aux mille arches, des ponts ancestraux, en compagnie d’un iranien rencontré.

 

    
 

Nous dînons et tombons écrasés de fatigue.

 


 

 

Nous commençons la journée par une promenade dans le Bazar Er Bozorg, le plus grand bazar d’Iran. Quatre kilomètres de dédales, d’échoppes, net de plafonds sculptés, travaillés, nichés. Il est neuf heures, le bazar s’excite peu à peu.

Puis nous retournons sur La place, où nous visitons le palais.

 

   
 

Une visite guidée y a lieu, visite, réservée aux femmes…  De colimaçons en colimaçons, nous parvenons à la terrasse  qui nous dévoile l’ampleur de cette place Emam Khomeney, ce joyau d’architecture persane.

 

 

Nous finissons la journée sous le pont Si-o-seh où se tient, à cheval sur la rivière, un petit salon de thé. Nous en dégustons, accompagnés d’une chicha, nous savourons nos derniers moments à Ispahan.

Nous reprenons un taxi pour l’hôtel, puis prenons la direction de l’aéroport sous une chaleur atomisante.

Deux heures d’attente, quarante minutes de vol, nous sommes vers 17h00 à l’hôtel.

Gatien ne va pas très bien, nous téléphonons à l’ambassade qui nous prescrit un médecin parlant français.

Le temps de croiser deux hommes en costar armés de Kalachnikovs dans l’escalier, nous allons nous coucher.

 


 

 

Mauvaise nuit pour Gatien, moyenne pour moi. Nous nous reposons toute la matinée. Gatien ne quittera pas la chambre de la journée. Je pars me promener dans le quartier, je trouve un kiosque, certainement le seul kiosque de Téhéran qui vend quelques vieux magasines en anglais et en allemand.

Nous dînons puis nous nous couchons.

 


 

 

Journée off pour Gatien, je ne supporte plus de rester enfermé. Je pars donc seul au Park Laleh où je visite le Musée d’Art Moderne et le Musée du tapis. Je me promène dans le parc, une parenthèse de calme où seuls quelques retraités déambulent ou jouent aux échecs. Je passe inaperçu, je me sens apaisé, intégré, en totale sécurité.

Un taxi me conduit au musée de la photographie, il est fermé.

Je rentre à l’hôtel en passant devant l’ancienne ambassade des Etats Unis, protégée par des murs recouverts de fresques anti-américaines. J’y « vole » quelques photos, en ayant pris soin d’enlever ma pellicule, les militaires les confisquent…

Nous déjeunons puis nous préparons pour changer d’hôtel, nous retournons au Koswar Hôtel, notre dernière nuit y était réservée.

Passé la grosse chaleur, je retourne au Park Laleh, lieu qui m’est désormais plus que familier. Ma promenade est très agréable, jouissive, je suis incognito. Personne ne me regarde, personne ne regarde, je prends l’air de celui qui sait où il va, je ne loupe rien… quelques pauses « journal » et je rentre à l’hôtel.

 


 

 

Nous passerons la soirée à l’aéroport, nous passerons la nuit dans l’avion, une dernière excursion avec Gatien.

Nous souhaitons gagner le téléphérique de Tochal, au nord de la ville. Il s’agit d’un fantastique belvédère sur la ville. Après une heure de taxi et de bus, nous manquons la dernière montée pour une minute.

Nous devons « tuer » le temps, sous une chaleur écrasante, le taxi ne nous emmène à l’aéroport  qu’à 21h30, il est 14h00… Nous en profitons pour s’imprégner encore et encore de cette atmosphère si particulière.

Nous faisons une halte Internet dans un centre commercial, redescendons à l’hôtel, dînons et gagnons l’aéroport.

 


 

 

Une coupe de champagne dans l’avion ( après trois semaines de « sevrage » ) puis après une courte nuit, nous atterrissons à Roissy, heureux d’avoir vécu cette expérience que nous savons déjà inoubliable.

Je regarde les cheveux des filles, je caresse les cheveux de ma femme.

 
   

 

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Photos et textes © Pierre Letienne