Bolivie - Chili, aux pays des superlatifs... (2005)

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Beaucoup d’impératifs aujourd’hui : payer l’hôtel, en trouver un autre pour le 11 août, changer des espèces, s’assurer auprès de Varig que nous rentrons bien e n France, faire les sacs et payer le guide pour le Huyana Potosi. 16h00, tout est fait, nous partons le soir même pour Potosi, la plus haute ville du monde, perchée à 4100 m. Encore dix heures de bus !  Départ 08h30, je m’endors assez rapidement devant un vieux film Américain avec Stallone.


02h00, le bus s’arrête au milieu de nulle part.  05h30, nous arrivons à Potosi. Nous prenons un taxi, arrivons à l’hôtel. Nous réveillons l’hôtelier : « No possible, no possible, 10 de la manana ! » La chambre est disponible à 10h00 du matin, nous restons dubitatifs face à l’interphone désormais muet. Nous reprenons les sacs et commençons à marcher dans Potosi, baignée dans la nuit. Deux gars nous interpellent, nous faisons la sourde oreille. Nous arrivons à une guitoune. Deux gars mangent des Hamburgers avec des frites. Il est 06h15 ! Nous discutons un peu, nous voulons boire du thé, c’est possible… au terminal de bus.  Un des gars nous dit qu’il est dangereux de se promener de nuit à Potosi. Un taxi arrive, ce même gars nous dit que les taxis sont dangereux et qu’on ferait mieux de venir avec lui… Nous montons plutôt dans le taxi, direction retour à la case départ, le terminal de bus. Nous buvons un thé dans un local miteux, il est 06h30.  Nous repérons dans le guide un restaurant qui sert de bons petits déjeuners, il ouvre à 07h30. Nous reprenons un taxi, parvenons au restaurant à 07h20, dix minutes d’attente dans le froid, et enfin nous sommes au chaud. Nous y restons jusqu’à 10h00 à jouer aux dés. 10h30, nous prenons possession de la chambre, il y fait 5 °c. Sieste puis visite de la ville.  Potosi est une charmante cité coloniale, dominée par le Cerro Rico, une immense mine d’argent qui fit la richesse de cette ville.

Il y est très agréable d’y flâner, les maisons sont colorées, ornées de jolis balcons, les églises sont multiples et raffinées. Nous dînons puis allons nous coucher.


  Pendant le petit déjeuner, nous nous décidons pour visiter les mines d’argent. Le départ a lieu à 13h00 avec notre guide et une basque peu causante. Nous passons par le dépôt où nous nous équipons : pantalon imperméable, veste, casque, bottes, lampes à acétylène…  Nous passons ensuite par le marché, dans le quartier des mineurs pour leur acheter quelques denrées de base. La mine leur appartenant, ils payent tout de leurs poches déjà peu remplies… Nous achetons des feuilles de coca, des boissons, des cigarettes, de l’alcool à 96 °c (!) et de la dynamite ( !! ). En effet, la dynamite est en vente libre dans les échoppes le long de la rue.

Nous nous élevons sur cette montagne qui domine Potosi, puis, après avoir assisté à une explosion de dynamite, nous parvenons à l’entrée de la mine, assistant à un curieux spectacle.

Hommes, femmes et enfants siègent à l’entrée de la mine. Plusieurs carcasses de lamas trônent, tous mâchent des centaines de feuilles de coca et s’affairent à en décortiquer une autre, les fœtus sont récupérés, le sang est dispersé sur les murs pour s’accorder les faveurs de Pachamama.

Nous rentrons peu rassurés dans la mine, quinze centimètres d’eau au sol, nous marchons entre deux rails et la hauteur maximale n’excède pas 1.80 m.

50 mètres, le noir absolu, nos évoluons dans un univers ténébreux et froid. Après une heure de marche, l’air chaud se fait sentir, nous sommes à la porte des enfers, Tio en est le gardien, nous parvenons à son sanctuaire.

Tio est l’incarnation du diable, et, tous les mineurs qui descendent se doivent de lui faire des offrandes pour être protégés dans les entrailles de la terre. Il est représenté par une statue en terre, à taille humaine, pourvu de cornes et d’un gros pénis. Un fœtus de lama est à ses pieds. Ainsi, nous lui offrons des cigarettes, nous les lui mettons allumées dans la bouche, nous dispersons sur lui des feuilles de coca, de l’alcool à 96°c, tout en récitant des prières. Le rituel est organisé et solennel, l’instant est fort, troublant même… Nous poursuivons notre chemin, certains passages n’excèdent pas 80 centimètres, nous évoluons à quatre pattes. La chaleur s’intensifie, les vapeurs de Silice et d’amiante deviennent irrespirables. Je me mets à tousser, une gorgée d’alcool à 96 °c est c’est réglé. Tout d’un coup, nous apercevons quelques lumières flotter sur les murs sombres. Nous arrivons à un des lieux d’extraction de l’argent. Un bruit sourd se fait entendre, nous tombons nez à nez avec un wagon poussé avec souffrance par cinq hommes. Nous échangeons quelques mots, les mineurs paraissent exténués.

   

   

Leurs conditions de travail sont difficiles, inhumaines, les mineurs de Germinal n’ont rien à leur envier. Le choc et le retour dans l’Histoire s’imposent à nous. Nous leur offrons quelques produits et repartons. Le guide s’arrête et nous explique qu’il veut monter au deuxième niveau. Le passage est escarpé, je reste donc avec ma puce. Ils sont de retour dans cinq minutes. Curieuse sensation d’être seuls, sans un bruit, sans la moindre lueur, nous semblons abandonnés au fond de cette mine.  Si nos lampes s’éteignent, si le guide ne revient pas, si la cavité s’effondre. Vingt minutes d’attente à 4400 mètres, les secondes sont longues, très longues… Puis, enfin, une lueur, une lumière, une lampe, ils reviennent et nous prenons le chemin de la sortie. Trente minutes avant de revoir le soleil, une fumée s’amplifie dans le conduit où nous sommes. Elle devient de plus en plus opaque, l’air est de moins en moins respirable, nous mettons des écharpes pour couvrir nez et bouche, nous ne voyons plus rien, nous trébuchons… Notre guide nous ordonne de marcher plus vite… Enfin, à travers le nuage opaque, une lueur, la sortie et des carcasses de lamas qui brûlent tant et plus devant l’unique accès à la mine. Quelques minutes pour se remettre du choc, Anne Gaëlle craque. Enfin, la lumière, l’air, la liberté après deux heures trente dans l’obscurité. Nous allons acheter des chaussettes ( les nôtres sont désormais inutilisables ), celles ci sont taille unique… Dîner et coucher, morts de fatigue.


Départ 12h30 pour Sucre. La route serpente dans les vallées asséchées, trois heures de route, nous arrivons à Sucre.

Sucre est une ville coloniale de toute beauté, perchée à 2700m, éden où chaleur et raffinement procurent une sensation de bien-être, une ville au parfum d’occident. On ne compte pas les églises et les clochers blancs, les façades coloniales et les palmiers.

Enfin des températures clémentes. L’hôtel est très confortable et peu onéreux ( 12 euros ). Nous nous payons le luxe de regarder les informations en français à la télévision.


Balades, restaurants, enfin un peu de douceur dans une ville où il fait bon vivre…  Le soir, Sucre est animé, les étudiants investissent la Plaza Del 25 Mayo et les nombreux pubs sont pleins.  Nous savourons notre lit douillet.

   


Nous repartons le soir même pour La Paz, encore quatorze heures de bus.  Toute la journée, nous nous promenons, prenons l’ambiance assis à la terrasse des cafés, nous n’en loupons pas une miette.  Sur un banc, une horde de cireurs de chaussures nous aborde, il sont âgés de 8 à 10 ans. Samuel veut une pièce de notre pays. Je trouve vingt centimes d’euros, je lui montre sur le verso de la pièce, la carte de l’Europe. Nous regardons ensemble les places de la France, de l’Espagne, de l’Angleterre… Les autres en veulent, nous leur donnons des stylos, des adultes arrivent, nous leurs distribuons les derniers. 7h00, nous sommes dans le bus, pas de toilettes pas de chauffage, voilà qui explique le prix intéressant de notre retour…

 

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Photos et textes © Pierre Letienne