Bolivie - Chili, aux pays des superlatifs... (2005)

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  Lever 07h00, nous faisons nos sacs, un taxi vient nous chercher à 09h15 pour le terminal de bus. Nous y arrivons et repérons le quai pour Oruro, tout en restant sur nos gardes, paraît-il que les vols sont fréquents. Nous repérons deux français que nous avions croisé auparavant, brefs échanges. Trois heures trente plus tard, nous sommes à Oruro, ville délabrée et austère, ville minière au milieu du désert et de la poussière.  Nous avons deux heures à tuer avant le départ du train, nous allons boire un thé avec Jean Luc et Marie, les français rencontrés précédemment. Ils traversent également le sud de la Bolivie pour rejoindre San Pedro De Atacama au Chili. Ils nous apprennent que Varig, notre compagnie aérienne a déposé le bilan… Comment allons nous rentrer ? Nous attendrons d’être à La Paz pour nous en occuper… Ils nous expliquent aussi pourquoi nous avons emprunté une piste pour aller au Lac Titicaca ; un chef indien local a instauré des barrages en guise de protestation. Nous nous rendons à la gare, entrons dans le wagon. Nous devions être en première classe ( équivalent deuxième classe SNCF ), finalement nous sommes en seconde, dans un confort tout à fait correct. Il est même plaisant d’être séparés des touristes. Le train part avec cinq minutes d’avances, traverse un lac, les flamands roses s’envolent à notre passage, puis le train progresse dans de longues étendues désertiques, nous offrant par la même occasion, un coucher de soleil mémorable. Il reste encore trois heures de voyage. Je négocie avec le contrôleur, je lui offre une clope, et j’ai le droit de fumer dans le train…  Arrivée glacée à Uyuni ( 0 °c ), où nous récupérons les bagages, puis nous nous rendons à l’hôtel Magia, l’un des meilleurs d’Uyuni. Uyuni est une ville far-west, austère et balayée par les vents, mais elle constitue le point de passage obligatoire pour qui veut se rendre au Salar. Pas d’eau chaude et 4°c dans la chambre…


Lever 08h00, le 4x4 doit venir nous chercher à 10h00. Nous sommes réveillés par des polonais nombreux et peu discrets. Ils ont l’air de prendre leur expédition au sérieux ; caméras, appareils photos dernier cri, téléphone satellite, ordinateurs portables… Ils crient, s’interpellent dans les couloirs, photographient tout et n’importe quoi ; nous nous faisons photographier pendant le petit déjeuner ! A 10h00, le 4x4 est là, Juan est notre chauffeur et guide, Teo notre cuisinière.  Nous quittons définitivement le bitume, première étape, le cimetière de locomotives, à la sortie de la ville, aux portes du désert. De vieilles locomotives anglaises des années 1920, des vieux wagons rouillés, trônent, se décomposent et affrontent le vent et le froid mordant. D’un coup surgissent des wagons, une cohorte de militaires, nous ne nous attardons pas.

   

Nous prenons ensuite la direction du Salar d’Uyuni , nous croisons des pecunas,  lamas sauvages, au poil court et qui plus est protégés car en voie de disparition.

Halte à Colchani, lieu d’extraction du sel, nous visitons la petit centre de traitement puis nous nous engageons dans Salar… Du blanc, du bleu à perte de vue, des perspectives infinies sur cette étendue qui en plus d’être la plus importante réserve de sel au monde, en est aussi la plus grande étendue plane (160 km sur 80 de large ). Le vent est fort et glacial, la réverbération impose de bonnes lunettes de soleil, nous ne les quitterons pas de la journée.

Nous avons l’impression de rouler sur la neige, sur une sorte de banquise d’altitude.

   

Nous passons devant un hôtel, construit intégralement, intérieur comme extérieur, avec du sel. Je donne même un coup de langue sur le mur pour m’en assurer.  Nous poursuivons vers l’est et parvenons à l’ile d’Incuasi, petit bout de terre au milieu de cette ancienne mer, parsemée de cactus millénaires.

Nous nous hissons jusqu’à son sommet, découvrant ainsi avec émerveillement l’immensité qui nous entoure.  Beaucoup de vent, un froid mordant, et le sentiment bizarre de ne pas savoir si l’on est à la montagne ( du blanc, du vent, des températures glaciales ) ou au bord de la mer ( une ile, un étendue plate, et des cactus). Les contrastes sont saisissants, la couleur verte est venue s’ajouter au blanc et au bleu qui nous accompagnaient de puis plusieurs dizaines de kilomètres.  Juan et Teo nous préparent un repas chaud réconfortant au milieu des cactus.

   

L’heure est venue de quitter cet endroit dont nous avions tant rêvé, cet endroit que nous ne reverrons certainement jamais… Nous empruntons une piste, traversant des étendues toujours plus sauvages, toujours plus désertiques. Au détour d’un rocher, des lamas, plus loin, des pecunas… Une heure plus tard, nous sommes à San Juan, premier village rencontré après 240 km sans voir le bitume.  San Juan est un petit village, niché au pied d’une colline. Les vents se déchaînent continuellement dans les ruelles en terre, les toits sont maintenus par des rochers, les gens ne sortent pas. Il fait trop froid. L’électricité n’est disponible que le soir vers 22h00, lorsque les groupes électrogènes sont actionnés.

Nous nous hasardons dans les ruelles, achetons des cigarettes à l’épicerie ( on y trouve de tout, absolument tout ) et, sans avoir rencontré la moindre âme qui vive, nous nous dirigeons vers ce qui semble être un bar.  Vide, personne, des murs austères, un mobilier plus que rudimentaire. Nous nous asseyons, une dame arrive. Je lui fait la remarque : « Mucho frio, mucho abiento hoy ! » ( « Il fait froid, il y a du vent aujourd’hui ! » Elle me répond « C’est comme ça tous les jours » « Ah bon… » Au moment de payer, je dois entrer dans le jardin de la dame, toquer à sa porte, pour que quinze minutes plus tard, elle arrive pour nous encaisser… Nous retournons gelés au refuge, la chambre est petite, pas plus de quatre mètres carrés, les murs et le sol en béton ne sont pas des plus coquets mais l’endroit est propre et… glacé… Teo nous prépare un thé, nous dînons, et , en sortant nous tombons en émerveillement face à la voûte étoilée. Des milliers d étoiles éclairent le ciel, elles créent des nuées et propagent une clarté étonnante. Je n’ai jamais vu un ciel pareil ! Nous sommes à 3700 mètres d’altitude, la première ville est à plusieurs centaines de kilomètres, pas la moindre pollution… Le spectacle est saisissant. Nous allons nous coucher vers 19h45, il fait 7°c dans la chambre, nous dormons tout habillés.


Lever 07h30, j’ai passé une mauvaise nuit. Petit déjeuner et départ. Nous traversons le Salar de Copoisa, d’une couleur plutôt marron, longeons la voie ferrée Calama-Uyuni, elle s’étend au milieu de nulle part et disparaît dans les infinités désertiques. Nous avions initialement décidé de l’emprunter pour rentrer du Chili, tout le monde nous l’a déconseillée, en raison de la vétusté des wagons, du froid et de l’altitude et des vingt heures ( prévues ) de trajet…. La piste est dominée par le volcan Ollagüe ( 5900 m ), volcan actif qui fait la frontière entre le Chili et la Bolivie.

   

La piste s’élève jusqu’à 4200 mètres, nous entamons ainsi la route des joyaux, une succession de lagunes, écrins logés entre les montagnes, où vivent des colonies de flamands roses, peu effrayés par le vent et les températures souvent inférieures à –15°c. Ils se déplacent sur la glace et se nourrissent d’algues. On y trouve par ailleurs le flamand James, une des espèces les plus rares au monde.  Se succèdent les lagunas Canapa, Hedionda, toujours plus belles, toujours plus étendues, où le froid y est toujours plus polaire…

   

   

Nous déjeunons à la laguna Hedionda, essayant tant bien que mal de se protéger du vent, puis reprenons la piste. Nous longeons encore les lagunas Charkata , Rondas et Ramaditas. Les décores sont spectaculaires. Au bord de l’eau, des pecunas broutent quelques végétaux, puis, quelques kilomètres plus loin, nous rencontrons des Viscachas, sortes de lapins à longue queue, qui curieusement paraissent aussi agiles que des chats.

Nous passons un col à 4650 m dans le désert de Siloli, puis 220 kilomètres après avoir quitté San Juan, et passons devant l’Arbre de Pierre.

Nous parvenons à la Laguna Colorada, un lac de soixante kilomètres carrés aux couleurs surréalistes. A première vue, on pourrait croire à une pollution industrielle, il n’en est rien. Sa couleur bleue, rouge, blanche, ocre et parfois violette est due aux dépôts de sodium,  magnésium, borax et gypse. Des flamands roses y marchent sur la glace à la recherche de quelques algues à déguster. Nous sommes à 4350 m, le vent est comme d’habitude glacé.

Un kilomètre plus haut, nous parvenons au refuge, sommaire et austère, comme convenu. Quelques baraquements en adobe, des chambres glaciales et un sol en terre.  Nous commençons à sérieusement attendre la douche chaude de San Pedro… Mon cœur reconnaît Marie qui tente tant bien que mal de se protéger du vent à l’extérieur. Nous sommes tous contents de nous retrouver et nous discutons une heure et demi autour d’un maté de coca. Nous dînons et nous nous glissons dans les duvets, dans une chambre où la température ambiante ne dépasse pas les 4°c.


06h17, -1°c dans la pièce, les vitres sont couvertes d’une épaisse couche de glace… à l’intérieur… Le maté de coca que j’avais laissé fumant la veille sur la table est congelé. La nuit a été courte et agitée, à cette altitude, le sommeil est rarement réparateur.  A l’extérieur, -20°c, nous partons pour les geysers de Sol Manana. A 4850 m, les fumerolles foisonnent, l’odeur de souffre charge l’air ambiant et la vase en ébullition est peu rassurante. J’ai l’impression d’avoir été projeté lors du « voyage au centre de la terre » de Jules Verne.

Nous poursuivons la piste, passons devant la Laguna Salada, dans laquelle l’eau est à plus de 35°c, passons le désert de Dali, des blocs de laves y ont été projetés, rappelant un tableau du maître, puis enfin se dessine le volcan Licacanbur ( 5965 m ). La Laguna Blanca et la Laguna Verde se dévoilent à nous mais sonnent tristement la fin de cette aventure. Ces images que j’avais en tête, bien avant de partir s’offrent à moi.

   

Quelques kilomètres plus loin, Juan et Teo nous laissent à la frontière, nous nous serrons les uns contre les autres, un Chilien vient nous chercher en Pick-up,  Nous sommes au Chili ! Le contraste est saisissant : l’accent, l’apparence, le débit de parole, leur attitude moins décontractée, les routes, les marquages au sol, les panneaux, l’argent aussi… Une frontière n’est pas qu’une simple ligne imaginaire…

 

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Photos et textes © Pierre Letienne