Bolivie - Chili, aux pays des superlatifs... (2005)

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Nous prenons le bateau à 08h30, à 09h15 nous embarquons. La traversée dure deux heures, nos pilotes semblent bien plus occupés à jouer aux cartes qu’à manœuvrer l’embarcation du bout du pied… La traversée est magnifique, entre îlots isolés et montagnes. Plus loin, des femmes s’affairent à laver le linge dans les eaux aussi limpides que glacées. Challapampa est un village niché au nord de l’île dans une petite crique, les eaux y sont plus clémentes. Les vues sur les sommets enneigés de la Cordillère Royale sont époustouflantes. Le village semble coupé du monde ; les petites maisons en adobe, l’absence d’automobiles et la simplicité des gens…

Nous prenons un encas ( enfin depuis le 15 juillet, Anne Gaëlle mange ), faisons des réserves d’eau et partons à pied dans le but de traverser l’ile du nord au sud. L’île est vivante, les hameaux sont animés, nous croisons sans cesse des îliens sur les sentiers. Ici, tout un village est affairé à couper un arbre, ailleurs un groupe de femmes discute, assises sur des pierres, partout, on nous salue avec simplicité et  chaleur. Nous ne dérangeons pas, les gens nous acceptent, nous ne semblons pas éveiller de convoitise, je me sens très honoré de tous ces égards.  Nous gagnons les crêtes à plus de 4000 mètres d’altitude, le sentier serpente, s’élève, redescend, les perspectives sont infinies.

Nous passons devant de vieilles bicoques, qui surplombent l’immensité, le Lac Titicaca est une mer.

Devant une maisonnette, une femme tisse, sous l’œil bienveillant de son mari.

Quatre après avoir quitté Challapampa, nous arrivons enfin au sud de l’île, à Yumani, petit village à flanc de colline, perché à 4000 mètres. A l’entrée du village, nous sommes accueillis par des enfants.

Le village est désert, nous nous hasardons dans les ruelle en terre, nous déambulons au gré des bifurcations, à la recherche d’un toit pour la nuit. Tout le village est là, affairé sous le contrôle des femmes, à construire une nouvelle route… enfin plutôt un sentier pavé. Nous nous frayons un chemin puis croisons une dame qui nous propose une chambre. Une chambre donc, mais une chambre seule… Quatre mètres carrés sans toilettes, ni douche, ni même lavabo… Il est vrai que la vue sur le lac et sur la Cordillère Royale compense. Et pour 1 euro la nuit, nous ne pouvons faire les difficiles…

Nous errons dans les ruelles de Yumani, allons dîner, les yeux rivés sur le soleil qui décline.

   

Nous nous retrouvons attablés dans un restaurant, c’est un grand mot, et comme à chaque fois, après avoir passé la commande, l’un des membres de la famille se dévoue pour sortir faire les courses. De la fenêtre, c’est un étrange et fascinant balai que nous observons, sans en louper une miette. Des femmes, des enfants dégeulasses, des ânes, des lamas, des cochons passent. Ils ravitaillent le village en eau, en la puisant à la source quelques deux cent mètres en aval. Maurizio, 5 ans, fils du restaurateur, revient des commissions ! Nous en profitons pour lui parler de son école, il nous montre ses cahiers. Même si pédagogiquement, son travail est très éloigné de ce que nos faisons en Europe, Maurizio fait preuve d’une motricité fine assez remarquable pour une enfant de son âge. Nous rentrons éclairés par la pleine lune, l’Ile de la Lune, n’a jamais aussi bien porté son nom… Petits problèmes intestinaux pour moi et au lit ( accompagnés du hennissement des ânes… ) .


Mauvaise nuit pour tous les deux, réveillés à 02h00, impossible de se lever à 06h30… Nous partons tant bien que mal, traversons Yumani désert, le ciel est chargé. Nous descendons les deux cent mètres de dénivelée qui nous séparent des rives du lac, personne. Nous devons trouver un bateau qui nous emmène à Yampupata, en face de Yumani, sur l’autre berge.  Une embarcation part à vide… trop tard… Vers 08h00, deux gars arrivent. Nous leur demandons s’ils peuvent nous faire traverser. 100 bs soit 10 euros, non c’est trop ! Nous parvenons à négocier la traverser pour 60 bs, espérant ne pas se faire racketter ( cf épisode du Pérou ). Finalement la traversée se passe sans encombre, parfois j’avoue avoir l’esprit tordu. Nous partons de Yampupata à 08h30, accompagnés par la cloche annonçant l’entrée en classe. Nous nous éloignons du village qui compte quelques maisons et … une voiture épave… Nous empruntons donc la piste qui serpente à flanc de colline, les vues sur le lac sont plongeantes. Nous pensons relier Copacabana en 4-5 heures. Nous croisons de nombreux villageois, qui nous sourient et nous saluent cordialement, nous croisons également des enfants en blouse qui semblent sacrément en retard pour l’école… Ils nous demandent du pain, nous leur en offrons. Nous parvenons à un premier village, trois chiens errants nous rejoignent : une femelle et deux mâles insistants. La femelle se refuse et semble nous prendre à témoin. Les chiens grognent, râlent, nous passent dans les jambes, nous bousculent… Anne Gaëlle est effrayée, je la rassure et lui préconise de les ignorer. Il ne nous attaqueront pas si nos ne faisons pas attention à eux. Je m’arme d’une pierre au cas où… Anne Gaëlle ne se détend pas, j’essaie de la rassurer. Nous faisons tellement attention à eux, que nous manquons le raccourci… Tant pis. Au bout de deux heures, nos croisons deux français, nous leur passons le relais, nous nous arrêtons, les chiens leur emboîtent le pas… sauf un… mais peu importe il semble nous apprécier, il nous accompagnera.  Nous traversons d’immenses forêts d’eucalyptus, encore un de ces fabuleux villages en terre, dans lesquels seule l’église est entretenue, toujours les mêmes sourires…

   

Au milieu d’un champ, des hommes s’évertuent à labourer un champ avec deux bœufs et une herse… Nous ressentons désormais la fatigue, quatre heures que nous marchons sans avoir mangé, et toujours pas de Copacabana. Nous faisons une petite pause, notre compagnon de route nous attend 100 mètres plus loin. Nous repartons, déjà, le Cerro Calveiro qui domine Copacabana nous apparaît. Un col et la baie. Une heure de marche encore…  Il est 14h30 lorsque nous arrivons à Copacabana, écrasés de fatigue. Un coca, une douche…froide et une sieste réparatrice. Le poids du sac m’a provoqué des douleurs dans le dos, je savoure mes moments allongés.


Lever tardif , nous prenons le bus pour La Paz à 13h30. Nous occupons la matinée comme nous pouvons, 13h30 nous partons puis arrivons une heure plus tard à San Pablo de Tiquina pour prendre le bac. Le lac est déchaîné, les vagues s’agitent, le vent déracine et le froid nous mord le visage. Nous embarquons, le bateau tangue, penche, les vagues passent par dessus bord, vingt minutes à lutter, et enfin la terre ferme. Nous prions pour que le bus ne disparaisse pas au fond du lac, et nos affaires avec.   Nous reprenons la route, route qui devient piste, il est très difficile de croiser d’autres véhicules sur cette chaussée très, trop étroite. Tout se passe bien jusqu'à ce que une voiture vienne frotter littéralement contre la carrosserie du bus. La voiture n’a plus d’aile gauche, le chauffeur se retourne et poursuit comme si rien n’était. Les vues sur l’Illampu sont magiques, il semble veiller sur les maisonnettes en adobe et leurs petites bergères colorées.

Une heure de route puis La Paz. Le chauffeur de bus ne veut pas nous déposer à l’hôtel comme convenu, taxi puis à pied et enfin une douche chaude !

 

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Photos et textes © Pierre Letienne